La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi (1944-1948).
Survivre, témoigner, juger.
« J’ai été déportée à Auschwitz en 1943, et j’y ai vu les horreurs les plus grandes. J’ai vu les hommes, les femmes et les enfants mourir de faim, de froid, sous les coups, et dans les chambres à gaz. Je témoigne aujourd’hui pour que justice soit faite, et pour que le monde sache ce qu’ont été ces crimes. ».
Déposition de la résistante française Marie-Claude Vaillant-Couturier lors du procès de Nuremberg. Allemagne, 28 janvier 1946.
1944 : LES PERSÉCUTIONS CONTRE LES JUIFS D’EUROPE SE POURSUIVENT
Jusqu’au dernier moment, les nazis mènent un combat obsessionnel, dont l’objectif final est d’exterminer les Juifs, alors que leur défaite militaire se profile.
De mai à octobre 1944, plus de 600 000 Juifs sont acheminés à Birkenau, notamment dans le cadre de l’opération « Hongrie ».
De mai à juillet 1944, ce sont entre 325 000 et 349 000 Hongrois qui sont assassinés à Auschwitz-Birkenau.
En France aussi les exactions continuent. Tout au long de l’année 1944, les Allemands commettent des crimes de toutes sortes avec l’aide de l’État français, qui se radicalise.
Les nazis mènent des opérations ciblées contre des lieux bien identifiés, en particulier contre les maisons d’enfants : celle d’Izieu en avril 1944, celles de l’Union générale des israélites de France (UGIF) à maintes reprises en 1944, notamment en juillet, à Paris où 200 enfants sont arrêtés et immédiatement déportés.
LES « MARCHES DE LA MORT »
Face à l’avancée de l’Armée rouge, les nazis organisent l’évacuation de dizaines de milliers de détenus des camps de concentration en Europe de l’Est.
Cette évacuation vise surtout à préserver une force de travail importante dont les nazis ont besoin pour maintenir leur économie de guerre, même si, pour les Juifs, cela vient en contradiction avec la politique d’extermination alors engagée.
LA DÉCOUVERTE DES CAMPS
Le 23 juillet 1944, l’Armée rouge pénètre dans le camp de Lublin-Majdanek totalement vide.
Les principaux centres de mise à mort ont été liquidés pendant la guerre (Treblinka, Sobibor et Belzec). Celui de Chelmno est incendié les 17 et 18 janvier 1945.
L’Armée rouge entre fortuitement dans le camp d’Auschwitz dans l’après-midi du 27 janvier 1945. Elle y trouve environ 7 000 ombres vivantes et des milliers de cadavres.
De leur côté, les Anglo-Américains entrent dans les camps de Natzweiler-Struthof, Bergen-Belsen, Mauthausen, Ohrdruf, Buchenwald, Dachau, et Theresienstadt.
Les Alliés découvrent l’horreur des camps nazis, sans préparation ni infrastructure pour y faire face.
Les soldats assistent impuissants à la mort de nombreux déportés, tandis que la spécificité du génocide juif est souvent difficile à saisir dans le chaos ambiant.
LE RETOUR DES RESCAPÉS
À la Libération, les armées alliées évaluent à 18 millions le nombre de personnes déplacées.
Dès la fin des combats, les rescapés se mettent en mouvement à travers l’Europe afin de regagner leur foyer et tenter de reconstruire leur vie.
Parmi eux, une poignée de survivants de la Shoah – dont le monde a été presque entièrement anéanti.
En France, à compter d’avril 1945, le Gouvernement provisoire met en place des infrastructures administratives et sanitaires dans tout le pays, tel l’hôtel Lutetia à Paris, pour accueillir les rescapés des camps.
Si la capitulation allemande signifie la fin des persécutions, l’heure n’est pourtant pas aux effusions de joie.
Une partie des communautés juives d’Europe a été anéantie. En Europe de l’Est, où le judaïsme a été presque entièrement décimé, outre les très rares survivants, beaucoup des réfugiés revenus d’URSS ne veulent ou ne peuvent rester.
En essayant de retrouver leurs proches ou leur foyer, ils rencontrent de grandes difficultés et doivent également affronter une violence antisémite toujours présente. La plupart des rescapés n’ont alors d’autre choix que de repartir.
Ces réfugiés traversent ainsi l’Europe, vers l’ouest cette fois, souvent dans l’illégalité.
Leur voyage s’apparente à un véritable périple et la plupart transitent par les camps de personnes déplacées en attendant que les alliés occidentaux proposent une issue à leur situation.
RENDRE JUSTICE
Dès le début de l’hiver 1942, les gouvernements des forces alliées sont déterminés à punir les criminels de guerre nazis.
Le 17 décembre 1942, une première déclaration conjointe est publiée par les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union soviétique. Celle-ci prend officiellement acte du massacre des Juifs d’Europe.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Tribunal militaire international de Nuremberg (1945-1946) et le Tribunal militaire international de Tokyo (1946-1948) ont pour vocation de répondre à une demande de justice mondiale capable de mettre à mal l’impunité des criminels de guerre.
Après la guerre, la communauté internationale se mobilise pour un monde plus respectueux des droits humains trop longtemps bafoués.
Aussi, au lendemain de l’adoption de cette convention, 50 États de l’Organisation des Nations unies (ONU) adoptent, le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Dans son préambule, cette déclaration consacre les « droits égaux et inaliénables » des êtres humains.
En France, dans le contexte de l’épuration menée à la Libération, la Haute Cour de justice est instituée pour juger les plus hauts responsables de l’État français de Vichy : c’est dans ce cadre que Philippe Pétain, chef de l’État, ainsi que Pierre Laval, chef de gouvernement, sont traduits en justice.
PREMIERS TÉMOINS, PREMIÈRES MÉMOIRES
Longtemps a dominé l’idée que les rescapés s’étaient tus au sortir de la guerre, par pudeur, par honte ou par crainte de n’être pas entendus.
Longtemps a prévalu le mythe d’un « silence » sur la Shoah, d’une occultation du sort singulier réservé aux Juifs, dans le contexte de la reconstruction et de la réconciliation des sociétés européennes. Le constat reste en partie vrai.
Pourtant, rien ne caractérise mieux l’immédiat après-guerre que la floraison de témoignages et de récits de toutes sortes sur la persécution.
Par ailleurs, dès l’immédiat après-guerre, les rescapés juifs ont la volonté d’entretenir le souvenir des victimes du génocide.
Cela passe avant tout par la collecte d’archives ainsi que par l’instauration de lieux de recueillement.
Le retour des rescapés s’accompagne aussi de la création de nombreuses associations réunissant survivants et familles de disparus.
Elles prolongent souvent l’œuvre de structures clandestines au cours de la déportation, organisant la solidarité et différentes formes de résistance.
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